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La Manche libre – Vire. Avec « Professeur truck », une autre façon de réviser

Au­drey Kist­ler avait lan­cé des cours par­ti­cu­liers en cam­ping-car. Avec le co­ro­na­vi­rus, la for­mule évo­lue en ce mo­ment-même.

Do­tée d’une so­lide car­rière dans l’in­dus­trie puis de quelques an­nées d’en­sei­gne­ment “clas­sique” en classe, Au­drey Kist­ler a lan­cé l’au­tomne der­nier une ac­ti­vi­té de cours de sou­tien pour élèves en dif­fi­cul­té avec les ma­thé­ma­tiques et autres dis­ci­plines scien­ti­fiques ar­dues. Et l’ac­ti­vi­té a dé­mar­ré fort fin 2019 et dé­but 2020. Ma­ni­fes­te­ment, il y avait un be­soin.

“Comme il y a mon lo­go sur mon cam­ping-car, un jour, une voi­ture m’a sui­vie dans tout Vire et au bout d’un mo­ment, une ma­man en est des­cen­due, en me di­sant qu’elle avait ab­so­lu­ment be­soin de moi pour don­ner des cours à son en­fant !”,

ex­plique Au­drey avec le sou­rire. La professeur s’était bien ren­due compte, quand elle en­sei­gnait de­vant une classe d’une tren­taine d’élèves, que les élèves en dif­fi­cul­té sur cer­taines no­tions-clés de pro­grammes au­raient vrai­ment bien be­soin d’un coup de pouce per­son­na­li­sé. C’est fon­da­men­tal pour ne pas dé­cro­cher com­plè­te­ment à un mo­ment cru­cial de l’an­née sco­laire.

Nou­veaux cours à dis­tance

Elle a donc peau­fi­né son concept de professeur qui se rend à do­mi­cile en cam­ping-car tout équi­pé comme une salle de cours. De­puis le lan­ce­ment de l’ac­ti­vi­té de “Professeur truck”, les cours se sont en­chaî­nés nom­breux pour re­mettre à ni­veau de nom­breux élèves, ly­céens ou plus jeunes. Le cam­ping-car a été amé­na­gé avec ta­bleau nu­mé­rique, ali­men­té par pan­neaux so­laires et, bien sûr, éta­gères ac­cueillant de bons vieux ma­nuels pa­pier de ma­thé­ma­tiques. Les cours ont com­men­cé avec un, deux, trois ou quatre élèves de même ni­veau au­tour de la table du cam­ping-car, entre Flers et Saint-Lô, avec un coeur de zone à Vire Nor­man­die. Les élèves comme Ra­phaël Ge­henne, en classe de pre­mière, ont ap­pré­cié les ex­pli­ca­tions et les exer­cices. “Il faut un dé­clic”, com­mente Mme Kist­ler, en pé­da­gogue aver­tie. En ce prin­temps, comme dans de nom­breux autres do­maines, la si­tua­tion a chan­gé avec l’épi­dé­mie de Co­vid-19 et Au­drey Kist­ler mo­di­fie donc elle aus­si son or­ga­ni­sa­tion. La dis­tan­cia­tion so­ciale exi­geait de chan­ger de mé­thode. Elle a dé­ci­dé de mettre en place des cours à dis­tance, grâce à un sys­tème so­phis­ti­qué de vi­sio­con­fé­rence. C’est la nou­veau­té qui vient d’être ins­tau­rée de­puis peu. Et for­cé­ment, en ces temps d’iso­le­ment des en­fants loin des éta­blis­se­ments, des profs et des ca­ma­rades de classe, la dé­mo­ti­va­tion sco­laire peut guet­ter à chaque ins­tant. Donc l’offre de cours d’Au­drey Kist­ler est par­ti­cu­liè­re­ment utile !

Ouest-france – Vire Normandie. Professeur Truck donne des cours dans un camping-car

Ancienne coordonnatrice projet dans l’automobile chez Faurecia à Caligny (Orne), Audrey Kistler, native de Strasbourg, est arrivée dans la région en 2011. 

« En plus de mon travail, je donnais aussi des cours particuliers à domicile. »

Cette mère de trois enfants a suivi une formation pour préparer son master, avant d’être enseignante en 2017 pour des remplacements au lycée Curie, à Vire. Pourquoi avoir créé une école mobile ?

 « A domicile, c’était difficile d’avoir tout à porter de main et je devais m’adapter aux élèves. Ce n’était pas très pédagogique ni productif. Là, je peux répondre aux demandes en journée, même pendant une heure de permanence. Je travaille six jours sur sept, de 9 h à 21 h. »

Pour les écoliers et les adultes

Pour des cours de soutien d’aide aux devoirs, de mathématiques, de bureautique… Audrey Kistler accueille aussi des adultes pour des remises à niveau. Autre appui éducatif :

« Des stages de cinq jours pour préparer le bac blanc en maths et sciences de l’ingénieur. » 

Le prochain stage aura lieu du 17 au 21 février et il reste encore des places.

Équipée d’une tablette, l’enseignante trilingue a fait de son camping-car son bureau, son siège social et se déplace à Vire, le lundi, mercredi et vendredi ; à Saint-Lô, le mardi et jeudi ; et à Flers, le samedi. 

« J’aimerais aménager mon véhicule pour pouvoir accueillir des élèves en fauteuil roulant. Et également organiser un brunch ou un café linguistique. J’y réfléchis… »

Alors pas de répit pour cette professeure jusqu’au rattrapage du bac. Du 14 juillet au 15 août, repos puis préparation de la rentrée.

 « L’activité a démarré très rapidement, se félicite l’enseignante. De nombreux parents me font confiance et en général, ils sont satisfaits du retour ! »

France3-regions – Professeur truck : en Normandie, une salle de classe itinérante dans un camping-car

Le jour est à peine levé sur le bourg de Saint-Sever. Les abords du collège sont déserts, les bâtiments vides, la cour silencieuse. Mais une salle de classe est éclairée, ignorant les congés scolaires. La lumière filtre à travers la fenêtre. Il y a de la buée sur le pare-brise. Le camping-car est stationné sur le parking, bien en évidence, avec son logo bleu : Professeur truck.

Trois élèves de Terminale S approfondissent le programme de maths. La trigonométrie, les sinus, les cosinus. C’est crucial, a fortiori cette année : 

« avec la réforme, il ne faudrait pas redoubler. Leur bac n’existera plus l’an prochain », 

explique la prof. Ils ont donc choisi de suivre un stage d’une semaine, à raison de deux heures chaque matin. 

« Je connais bien un des élèves. Il m’a sollicitée, explique Audrey Kistler. Je lui ai demandé si d’autres élèves pouvaient être intéressés. Deux de ses camarades ont dit oui. J’ai donc organisé le stage à Saint-Sever. C’est l’endroit qui leur convenait ».

Pas de tableau noir dans la salle du Professeur truck • © Pierre-Marie Puaud / France Télévisions

Les futurs bacheliers ont pris place sur les banquettes de ce était le coin repas. Audrey aligne les équations sur un grand tableau numérique accroché au mur, à l’emplacement de l’ancien coin couchage. Les placards sont remplis de livres et de matériel scolaire. Le camping-car a vraiment perdu son petit goût de vacances.

« C’est une salle de classe qui se déplace »,

sourit Audrey Kistler.

À bord, le climat est studieux. Pas de smartphone sur la table. Pas de sollicitation. La fenêtre donne sur le collège, ce qui n’invite pas spécialement à la rêverie. 

Ici on travaille plus qu’à la maison. Et puis on a la prof. On est encadré. S’il y a quelque chose qu’on ne comprend pas, elle nous aide. Alors qu’à la maison, on va repousser ça à plus tard…

Audrey se penche sur la table, prodigue des conseils, des encouragements. Dans une autre vie, elle fut ingénieure pour un sous-traitant automobile. 

« Mais quand j’ai habité en Allemagne il y a quelques années, je donnais déjà des cours de français. J’adore ça ».
 

Le coin repas du camping-car occupé par les élèves. • © Pierre-Marie Puaud / France Télévisions

Les deux heures ont passé très vite. Les Terminales s’en vont reprendre le fil de leurs vacances. Trois élèves de sixième s’installent à leur tour au coin salon. Cette semaine, ils reprennent tout le programme de l’année en insistant sur ce qui les a mis en difficulté. 

« Ils ont du soutien au collège, c’est vrai, reconnaît Amraoui qui vient de confier son fils au Professeur truck. Mais ils sont trop nombreux. Ils font ça entre deux cours, ou en sortant du self. Ce n’est pas suffisant. »

Dans le bocage, il n’existe guère de structure privée spécialisée dans le soutien scolaire telle que celles qui se partagent le marché des grandes villes. Quand Audrey a choisi de se reconvertir dans l’enseignement, elle a très vité opté pour les cours particuliers. 

« Après avoir obtenu mon Master, j’ai effectué des remplacements en collège et en lycée comme prof de maths. C’était parfois frustrant. On se rend compte qu’on perd certains élèves qui auraient parfois juste besoin d’un tout petit peu d’aide afin de pouvoir progresser. Mais on n’a pas ce temps-là à leur consacrer. J’avais envie de pouvoir être là pour chacun des élèves ».

© Pierre-Marie Puaud / France Télévisions

Evidemment, cette attention sur mesure de paie. Le stage de dix heures est vendu 150 €. L’heure de maths ou de soutien en période scolaire coûte entre 13 et 25 €. La formule ne séduit pas que les élèves et leurs parents : 

« Une enseignante du nord de la France m’a contactée pour faire la même chose. Cela pourrait être intéressant de mutualiser les cours ». 

Audrey songe à créer une franchise Professeur truck. Le concept n’a rien de bien sorcier. Il suffisait d’y penser.

Un article par Pierre-Marie Puaud